Certaines histoires nous reviennent de façon étonnante… Hier soir, je mangeais dans les cuisines de la résidence avec des amies belges et françaises et Manue, une amie québécoise de Tadoussac de passage. J’ai bien dû lui raconter ma dernière visite à Tadoussac : les baleines, l’appareil photo et vous connaissez la suite. Et voilà que la fille assise à côté s’exclame “c’est toi la-fille-qui-a-jeté son appareil-photo-dans-le-fleuve ?!” Et elle joint le geste à la parole…Y a pas de doute, il doit s’agir de moi…

Je reste un peu bouche-bée… Mon histoire aurait-elle fait le tour de la résidence ? La petite française poursuit. « Il y en a d’autres des histoires comme ça, tracasse pas ! T’as pas entendu l’histoire du gars qui s’est fait prendre par la police en train de pisser sur un mur à Québec, ou celle de la fille qui s’est fait voler son ordinateur et son ipod dans sa chambre (en résidence) pendant qu’elle dormait ? T’es ma troisième histoire ! ».  Je suis donc devenue la-fille-qui-… Je ne sais pas si je dois en être fière, mais tout bien considéré, je préfère mon histoire à celles des deux autres-qui-ont…

A l’étranger, je suis toujours très fière de dire que c’est de Belgique que viennent la frite, Hergé et les Schtroumpfs. Fière que le bon chocolat et la bière soient belges. Fière de nos joueuses de tennis. Fière de savoir que Bruges et Bruxelles fassent partie de notre patrimoine – fière, même si je suis vraiment loin d’y être pour quelque chose.

Et puis, il y a des choses dont j’ai moins envie de me souvenir. Des petits bouts d’histoire qui font une apparition surprise dans mon cours d’actualité internationale. Un gros colon, sa bedaine à l’ombre de son grand chapeau. Des peuples qu’il monte les uns contre les autres, des ethnies qu’il crée, là où il n’y en avait pas. « Diviser pour mieux régner » paradoxal pour un pays dont « l’union fait la force ». Un drôle de moment. Je me sens inconfortable, ai-je raison? Bizarrement, pour la première fois de ma vie, j’ai l’impression de ressentir ce que les petits allemands doivent ressentir à propos de leur histoire. Un peu de culpabilité d’être nés allemands, allemands comme ces autres Allemands, responsables de leur sombre Histoire. Des vieilles histoires qui leur collent à la peau.