12h30, j’arrive au sacro-saint Casault pour le cours de M. R. ma petite omelette dans une main (préparation/timing impeccable – suis très fière). Mais voilà personne devant la classe, personne dedans. J’envoie un mail à mes compatriotes – peut-être ont-ils décidé de boycotter le cours (combien intéressant de M. R.) ou peut-être me suis-je trompée de jour, d’heure et de local…  10 minutes plus tard, prise d’un doute, je descends d’un étage. M. R. tourne en rond dans la classe, les mains derrière le dos. Je m’excuse de mon retard – j’suis qu’une étourdie qui n’a toujours pas enregistré que le cours était au 3e étage et non au 4e. Et puis j’ai un petit pincement au cœur devant ce vieux monsieur – que j’aurais pourtant bien défenestré à chaque séance, chaque fois qu’il s’est gargarisé de ces grandes réussites, théories, des accomplissements de sa (trop ?) longue carrière.

M. R. doit être un bon papa tendre et attentionné, avec dans son sac des tas d’histoires… Mais il n’a pas/plus la cote auprès des étudiants. Et c’est un peu triste… Comment lui dire sans le vexer (quoique avec un tel égo, se formalise-t-il seulement du peu d’assiduité de ses étudiants ?), « M. Le Professeur vous êtes dépassé… »

Mais M. R. ne semble pas affecté par la désertion évidente des étudiants… « De toute façon, vous avez toute la matière dans votre syllabus, vous pourrez-vous rattraper »… Je n’ose pas lui dire qu’il est un peu optimiste. Il m’explique sa théorie du jour. J’attends avec un peu d’appréhension les symptômes de ses digressions habituelles. J’y réchappe heureusement… Nous discutons de choses d’autres. 13h30,  je m’éclipse, un peu soulagée, mon omelette toute froide dans la main.

A l’étranger, je suis toujours très fière de dire que c’est de Belgique que viennent la frite, Hergé et les Schtroumpfs. Fière que le bon chocolat et la bière soient belges. Fière de nos joueuses de tennis. Fière de savoir que Bruges et Bruxelles fassent partie de notre patrimoine – fière, même si je suis vraiment loin d’y être pour quelque chose.

Et puis, il y a des choses dont j’ai moins envie de me souvenir. Des petits bouts d’histoire qui font une apparition surprise dans mon cours d’actualité internationale. Un gros colon, sa bedaine à l’ombre de son grand chapeau. Des peuples qu’il monte les uns contre les autres, des ethnies qu’il crée, là où il n’y en avait pas. « Diviser pour mieux régner » paradoxal pour un pays dont « l’union fait la force ». Un drôle de moment. Je me sens inconfortable, ai-je raison? Bizarrement, pour la première fois de ma vie, j’ai l’impression de ressentir ce que les petits allemands doivent ressentir à propos de leur histoire. Un peu de culpabilité d’être nés allemands, allemands comme ces autres Allemands, responsables de leur sombre Histoire. Des vieilles histoires qui leur collent à la peau.

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Certains spectacles tirent sur la corde des émotions. Nous laisse comme béats quelques minutes encore, après le grand final. La musique, l’expression sur le visage des acteurs, les mouvements savamment orchestrés. Certains détails se logent au fond de nos yeux. A l’intérieur, quelque chose est remuée. Une sensation de chaleur, de joie se répand. De la reconnaissance pour les artistes, de la gratitude pour ce moment intense.

Cet été, le Cirque du Soleil a installé sa scène et ses éclairages à Québec, dans un décor urbain, sous les bretelles d’autoroute. Quatre tribus se rencontrent sur les « chemins invisibles ». Un spectacle qui aborde des thèmes très actuels,  tels que les sans-papiers, le métissage culturel.

La troupe de saltimbanques, avec ses costumes, ses artifices, ses acrobaties et numéros de haute voltige, m’a envouté, une fois encore. Je ne résiste pas à la tentation de revoir le spectacle (gratuit) une deuxième fois… et de vous en faire découvrir un petit bout!

Et bien voilà une rentrée des plus réussies. Louvain-la-Neuve bouge toi j’arrive !

Tout était pourtant préparé à l’avance, l’itinéraire repéré, répété, les pneus du vélo regonflés. Le matin, une bonne avance sur le programme.

Mais déjà au moment de monter sur mon vélo et de faire les quelques premiers mètres, un drôle de schoumbounq annonce un départ avorté. Diagnostique : pneu arrière dégonflé (voire carrément à plat). Enfin, pas de panique, partant à l’heure et plus qu’à l’heure, j’ai largement le temps de retourner chercher la pompe à vélo et de regonfler l’affreux pneu (d’ailleurs j’avais bien observé la manœuvre, de façon préventive…). Après une dizaine de minutes et une étude complète du fonctionnement d’une pompe à vélo, je parviens finalement à regonfler le dit pneu. Le schoumbounq est plus léger, mais toujours préoccupant (et l’issue du retour me parait déjà incertaine… – dans mon grand optimisme je refoule cette petite voix). J’arrive finalement dans le centre de Louvain-la-Neuve non sans m’être assurée à plusieurs reprises de la dureté et de la pression de la roue arrière.

Au programme : demande d’admission, repérage des lieux, visites des différents sites, désespoir devant la file d’attente de inscriptions et ma situation de sans papier à l’ucl.

A 10h45, charabia bureaucratique et administratif, en d’autres mots : séance d’accueil et d’informations pour les masters en communication et information. L’amphi est plein, mais pas le moindre petit visage connu. Je me concentre sur les explications et pour tuer le temps, je me demande ce qui se cache derrière ses frimousses et ces accents du BW. Une heure et demie plus tard, l’amphi crache ses étudiants sur une rue noire de monde, entre les stands d’accueil. Je remplis un maximum de formalités administratives, puis me sentant comme un cheveu dans la soupe de ses joyeuses retrouvailles estudiantines, je file à l’anglaise.

Le vélo est toujours en place. Mon index et mon pousse tâte la roue arrière. Ce qui était à prévoir était prévu… Me voilà de nouveau à plat. Je prends mon courage à deux mains, pousse le fameux vélo à travers Louvain-la-Neuve, zigzagant entre les groupes d’étudiants, toujours plus nombreux. Hors de la foule, je tente une échappée, peine perdue la roue arrière se bloque complètement. Rage, un coup de pied dans le pneu – sans résultats aucun, abandon du bicycle et retour à travers champ.

Ce qui se fait à vélo, peut se faire à pied, moyennant un ajout de temps inversement proportionnel à la vitesse, une trentaine de minute plus tard je suis de retour. Sans vélo, sans papier. Les Pringles oignon-vinaigre du pack étudiant finissent de l’écœurer.

Si j’aurais su j’aurais pas venu… mais faudra bien reviendre demain…

Qui a dit que les rentrées scolaires cessaient d’être traumatisantes à partir d’un certain âge ? Ok, je l’avoue, il faut ajouter le facteur blonde à ce petit récit… – ce qui n’est pas pour me remonter beaucoup le moral ! Au reste, si vous m’avez lue jusque là, je suis flattée ! J’espère que mes mésaventures auront le mérite de vous faire franchement rire ! :-)

Vous en voulez encore ? Je peux continuer sur ma lancée en vous racontant mon deuxième jour…

Tout être a ses contradictions…
Simenon en est peut-être un exemple zélé. Si je me sens incapable à délier les siennes, c’est que je me rends compte que j’ai moi aussi mes propres contradictions. Qu’à moi aussi, il manque des réponses.
Comment ne pas se sentir impuissant devant une réalité aussi multiple, devant des êtres aussi complexes et une vérité qui se défile ?

Son visage sur les murs, sur des T-shirt, un visage reproduit en million d’exemplaires. Un visage tellement familier, peut-être tellement attractif qu’on ne se pose plus la question de savoir pourquoi il est si populaire. Un visage que j’ai trop vu pour encore me poser des questions. Un visage que j’ai, sans jamais chercher plus loin, sans jamais chercher à comprendre, toujours assimilé à une sorte de héros, de gentil universel. Un gentil universel qui pour le bien de l’humanité s’est mis en tête d’exporter la Révolution. Pas besoin d’elle dans son propre pays, l’Argentine, alors, il s’est la fait ailleurs. Un humaniste qui fusille pour mieux faire comprendre ses points de vue, pour mieux faire table rase du passé, pour montrer qu’on nous trompe avec des idéaux, des idéologies. Et si les mouvements révolutionnaires marxistes du monde avaient choisi pour symbole un assassin ?

Etre un homme? Etre une femme?
Quelle différence?
Quelle signification?
Et si les libertés acquises étaient trop fragiles? Négligées?
A en entendre parler certains, on devrait tout remettre en question!

Oui y a toujours pire… La coloc’, je me suis bien rendue compte que c’était pas toujours évident. On débarque, l’endroit nous plait et les compañeros de piso ont l’air sympa… Pourquoi se poser plus de questions ? Bah on tente, on s’installe! On se familiarise avec Giorgio, Mari et Vanessa. C’est vrai qu’on est différents, même très différents, et à beaucoup de niveaux. Mais, ça ne me fait pas peur. D’ailleurs, je crois que je ne me suis même pas fait la reflexion. J’avais un chez moi, c’est tout ce qui comptait.

Début décembre, arrive Yoli, un joint éternellement posé au bout des lêvres. De 4 on passe à 5. Elle ne parle pas beaucoup, on ne sait pas ce qu’elle pense. Mais bon, avec le temps, les réponses monolosyllabiques s’allongent un peu. Yoli, qui déjà avait un faible pour la guitare éléctrique – et qui est parfaitement équipée, a tout à coup décidé de se mettre au flamenco. Elle a même acheté des chaussures qu’elle garde en permanence. Elle s’excerce… Mais Yoli est aussi l’amie de Mari. Deux amies sous le même toit, ça se multiplie vite en beaucoup d’amis dans un salon enfumé… Mais bon, on finit toujours par s’habituer à n’importe quelle situation.

Quand Vanessa s’en va, la question ne se pose même pas : Yoli s’installe définitivement. Mais voila qu’un beau jour, au beau milieu des examens, elle déverse le contenu de sa chambre dans le couloir -c’est fou ce qu’il y en avait des choses. Je me dis…”Ah, elle a décidé de mettre de l’ordre. Tout arrive…”. Le soir, la chambre est complétement vide et Yoli s’est volatilisé.
Mais, je ne suis pas au bout de mes surprises… J’apprends de Mari, que Yoli est retournée dans un autre appart’ et que dès demain (ou après demain, bon on est pas à quelques jours près en Espagne) Pancho va la remplacer… Je me sens un peu désarçonnée, j’avais fini par m’habituer à cette drôle de fille…

Quelques jours plus tard, je trouve Pancho, un drôle de bonhomme avec des lunettes D&G, installé dans le salon devant un match de foot. L’odeur de beuh, qui s’était estompée ces derniers jours, vient me piquer le nez. Quel plaisir…

Notre première véritable conversation a lieu le soir même (samedi). Il n’a pas de clé (Yoli les a prises avec elle, un souvenir de l’appart?), il sort ce soir. Je lui propose les miennes, ayant deux examens lundi, je me prevois une soirée folle avec mon cours de grammaire comparée. “Non, ne te tracasse pas, je ne sais pas encore si je rentrerai cette nuit” me répond-il. Il a dû changer d’avis en route. A 5h08, le tintement strident de la sonnette me tire du sommeil. Au second coup de sonette, je me rends compte que je n’ai pas rêvé et que si je ne bouge pas personne ne le fera… C’est un Pancho tout désolé qui déboule dans l’appart, mais non moins désolé que moi…

Mais, il m’a fallu deux nuits pour me rendre compte du pire : mon voisin de chambre est victime de ronflements chroniques. J’ai bien pensé tout d’abord qu’une mobilette avait du mal à démarrer quelque part dans la rue, mais vu la persistence du bruit, j’ai bien du me rendre à l’évidence… Malheureusement, si mes boules Quies parviennent à couvrir les voix des joyeux lurons dans la rue les soirs de fêtes (ou pas), il faut croire qu’elles ne pouvaient rien contre ces ronronements réguliers.

La vie est drôle parfois… On mord sur sa chique pour s’habituer à des choses et des gens différents pour se rendre au bout du compte que… le pire est à venir! Moi, je préfère en rire…

- Ecouter Simon raconter des histoires sans queue ni tête, celle de la « petite danseuse, qui regardait l’Alhambra mais ne la voyait pas, jusqu’au jour ou elle aperçu un ballon bleu qu’elle seule pouvait voir et qu’elle sentit lui pousser des ailes, qu’elle le suivit haut dans le ciel jusqu’aux étoiles,… ». Et puis se moquer du fait qu’elles n’aient pas de sens, puisque les mots sont beaux et qu’ils résonnent.

- Ecouter Pancho parler du monde, des choses visibles et invisibles.

- Etre au « taquet » avec Sabrina

- Compter les paires de chaussures, parfois peinturlurées, suspendues aux fils électriques, solidaires de tas d’autres chaussures suspendues dans le monde entier, victimes d’un même élan artistique, ou de provocation.

- Aller boire un verre, de tapas, sans l’avoir prévu avant, profiter d’être ensemble, goûter à chaque minute. Et quand le verre est vide, le remplir aussi vite.

- Passer, le soir – ou à n’importe quelles heures du jour et de la nuit au mirador Saint Nicolas. Chaque fois différent, chaque fois magique. Lumière, musique, vie.

- Avoir un invité chez soi, invité d’ici ou d’ailleurs !

- Entendre dans sa tête bourdonner et s’entrechoquer des langues étrangères. Faire des rêves polyglottes.

- Etudier au soleil… parce qu’il faut bien s’y mettre !

- Voir un coucher de soleil depuis la Cartuja, en sortant du cours de narrativa hispanoamericaine.

Evidement cette liste est loin d’être exhaustive ! A chaque jour de la compléter…

Hay que contar –pero qué ?

Hay que moverse –pero dónde ?

Hay que saber –pero cómo ?

Pensar, Reflexionar –Ya no puedo…