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New-York est une ville qui s’apprivoise. On se familiarise d’abord avec le métro, le quadrillage des rues. On s’habitue à la foule, à zigzaguer entre les gens pressés. La sensation de suffocation disparait peu à peu… dès qu’on prend le temps d’observer.

Central Park murmure des notes de saxophone, le pont de Brooklyn a le goût d’arachides grillées,  High Line Park, une légèreté aérienne, Harlem, un sourire éclatant  et Chinatown exalte des bouffées d’odeurs.

Brooklyn BridgeChinatownHigh Line

New-York laisse peu de place aux demi-teintes, aux justes mesures. La plus crasse des indifférences côtoie la plus simple des gentillesses. Demandez votre chemin, on vous regarde avec condescendance avant de détourner les yeux ou on vous prend par la main et on vous guide jusqu’à bon port. Des inconnus vous parlent, naturellement, vous proposent spontanément de l’aide. Je suis à chaque fois surprise de temps de simplicité.

Je découvre Central Park à côté de Sameh, dans son élégant costume de réceptionniste. L’Egyptien d’une cinquantaine d’année se promène chaque jour dans le parc pendant sa pause.

J’accompagne Jay pour prendre des photos de nuit des ponts de New-York. Cet employé de Banque of America d’origine indienne sort tout juste de son cours de photographies.

Je traverse New-York en métro avec Cécilia, une actrice danoise. La jeune blonde vient juste de chanter « Je ne regrette rien » de Piaf dans un bar français de Brooklyn.

Je discute photo avec Aylan, un ancien photographe de presse turc, dans son stand du parc Bryant, sur la 42e Av.  A 30 ans, il a choisi de reprendre un projet créatif et artistique.

Sans malice, partager des petits morceaux de vie.

HarlemCentral ParkCentral Park2

Entre New-York et Washington, le plaisir de retrouver Mary après 4 ans, de partager un milkshake oreo-banane et de papoter avec William à Brocklyn.

Plus de photos…

Dans le cadre de la maitrise en journalisme international, Mme Payette, la directrice du programme nous a envoyé une semaine à New York et à Washington.  Au programme, visite de l’ONU, rencontres de journalistes, de John McArthur, le président et éditeur du Harper’s, un cours de journalisme à l’Université de Columbia,…

University of ColumbiaONU2ONU

En dehors de ce programme minuté, nous avons tenté de découvrir un peu New-York. Comme le dit Victor, les plus mauvaises photos font parfois les meilleures histoires.  Voici donc quelques mauvaises photos… quelques détails qui m’ont marquée à New-York.

New York ne dort jamais. Après une longue journée, Clémence et moi avons fait un petit tour sur Times Square pour le vérifier. Times Square, 4 ou 5 « blocs » de lumières intenses, de couleurs criardes et de publicités. Des rues noires de mondes, des gens qui hèlent des taxis. Honnêtement, je serais curieuse de savoir quel est l’impact écologique de ce petit quartier si populaire M&M's Storede New-York, centre névralgique du culte du dieu Consommation. Mais malgré soi, on se prend au jeu… on ne sait où poser les yeux. On entreprend un petit pèlerinage touristique dans les incontournables magasins. On s’extasie devant le Tirex grandeur nature du Toys’rus, qui bouge et rugit, devant les écrans géants et ces choses inutiles, mais devenues des incontournables, des indispensables de la Big Apple. Parmi ces inutiles, le M&M’s Store l’emporte haut la main ! Les tasses, gadgets, casquettes, peluches, sacs… jusqu’aux décorations de Noël sont à l’image des cacahuètes enrobées. De la publicité achetée par le consommateur, du grand art marketing ! Mais New-York sans Times Square, ça ne serait pas New-York!

Subway

New-York est grand. L’espace et le temps y sont tout chamboulés, les distances sont toutes relatives et les heures filent. On ne marche pas à New-York, où l’on marche énormément… Mieux vaut donc apprivoiser rapidement le plan du métro et décoder les panneaux directionnels. Encore une chose apprise à mes dépends. Lundi matin, j’ai pris autant de temps pour aller de Philadelphie à New-York que de la station d’autobus à l’hôtel : 2h. Allés-retours sur la ligne de Métro n°4 et  recherche désespérée de la 7e Av. (qui s’appelle aussi the Powel Street…encore fallait-il le savoir !) s’entendent. Ma petite valise et moi avons presque frôlé la crise de nerfs. Malgré le développement de mon sens de l’organisation, je reste la première victime de ma grande naïveté et de mon excès de confiance dans le cours des choses. Commentaire à part, il faut accepter de se sentir tout petit et perdu quand on est à New York… et espérer trouver de gentils newyorkais pour nous remettre sur la bonne voie (et il y en a beaucoup J).

Musée d'histoire naturelleUn incontournable un peu plus culturel : le musée d’histoire naturel. Majestueux, immense, il borde Central Park. Le temps d’un voyage dans le temps, on oublie qu’on est à New York. On se laisse impressionner par les squelettes de dinosaures et l’impressionnante collection d’animaux empaillés, captiver par les civilisations. C’est étonnant de voir que toutes les civilisations, quelques soient l’époque ou le continent, ont suivi, au départ, les mêmes évolutions,  ont utilisé les mêmes outils, les mêmes techniques. La culture et la religion se sont ensuite ajoutées pour les différencier.

Laval sous la neigeLaval sous la neige4

« Il neige !! ». 8h du matin, j’ouvre un œil, tend l’oreille, soulève un bout de rideau. C’est l’euphorie dans notre 7e étage. Caroline (ma voisine de gauche) frappe à toutes les portes pour annoncer la nouvelle. Nos petits yeux d’européennes pétillent. Toutes, nous attendions la neige avec impatience… Mais nous ne l’attendions pas si tôt.

D’après Aude (collègue québécoise de la maitrise en journalisme), « Ça prend un européen pour se réjouir qu’il neige un 22 octobre… ».  Les bonshommes de neige, les batailles, le crissement des pas, ça ne fait plus rire les Québécois… Et surtout pas fin octobre !  Parce que la neige annonce l’hiver et que l’hiver est long au Québec… Et avec la neige, suivent les pieds mouillés, les camisoles de laine et les tuques (bonnets) !

Il a neigé toute la journée hier, une petite tempête en somme. Je dois dire qu’après quelques allée et venues à l’extérieur, la neige était tout de suite moins fun… Évidemment, ce matin, avec le soleil, ça change tout ! Reste juste à regarder où l’on met les pieds ! Plus de photo…

Laval sous la neige2Laval sous la neige3

Et voilà, des deux mois déjà passés. J’ai compris le mécanisme de ma serrure, et ne suis plus obligée d’aller aux toilettes – au bout du couloir – avec mes clés. J’ai mémorisé les codes de mes casiers (postaux et de cuisine), me suis re-familiarisée avec les cadenas américains. J’ai apprivoisé mon frigo et ses grondements, grognements, vocalises. J’ai trouvé l’entrée de la piscine, l’entrée des souterrains. Je suis passée en onde et j’ai mangé de la poutine. Je suis allé à Québec en vélo, tôt le matin pour voir la ville se réveiller. J’ai cueilli des pommes et fait de la croustade. J’ai perdu un appareil photo et une poêle à frire, mes gants. J’ai vu un match de Hockey et visité deux fois le Parlement. J’ai bu toutes les sortes de bières Boréales et ai préféré la Rousse. Je me suis faite l’oreille québécoise. J’ai découvert Alfa Rococo et Jean Leloup. Je ne m’étonne plus de croiser des marmottes et des écureuils sur le campus. J’ai assisté deux fois au spectacle du Cirque du Soleil et j’ai reçu une lettre. J’ai fait trop de photos que pour pouvoir donner un nombre approximatif… Et puis j’ai enfumé les cuisines… une expérience culinaire qui a mal tourné.

Mais je fronce toujours les sourcils quand je dois donner mon numéro de chambre : soixante-seize quatre-vingt trois (essayez pour voir, ça demande une concentration folle) et me perds toujours dans le sacro-saint Casault.

Reste à …

- Aller manger un hamburger Chez Victor

- Fêter Halloween

- Acheter des bêtises au Dollarama et passé au Village des valeurs.

- Aller au Musée des Beaux Arts du Québec

- Attendre la neige

- Acheter des gants et un parapluie

- Visiter les voûtes de Napoléon et le Dagobert

- Passer un vrai jeudi soir au Pub avec les mijoles

- Sacrer avec la VRAI intonation québécoise…. Taaaaabarnac’

- Organiser une soirée belge pour apprendre aux Français que Jacques Brel est Belge !

- …

Et au lieu d’écrire ce post, je ferai mieux de terminer ma revue de presse… Sinon, je vais passer ma première nuit blanche à Québec (Entre nous, si ça devait arriver, je préfèrerais la passer ailleurs qu’en tête à tête avec mon ordinateur)!

Ça fait beaucoup de moi-je… Et vous qu’avez-vous fait ces deux derniers mois ?

HockeyPoutineBoites aux lettres

Mont St-Anne1Mont St-Anne2

L’automne est là depuis quelques semaines. Un formidable festival de couleurs. Du jaune, du rouge, de l’orange, des teintes tellement plus intenses que chez nous. Samedi après-midi, je me suis laissée embarquée au Mont Saint-Anne, 40km à l’est de Québec. Une petite station de ski l’hiver. Une débauche de couleurs l’automne. Que du plaisir.

Plus de couleurs…ici

La langue québécoise est l’illustration d’un drôle de paradoxe. L’utilisation d’anglicisme et la préservation de la langue française contre ces mêmes anglicismes. Par exemple, un québécois ne dit pas weekend ou drive in. Il dit : fin de semaine et service au volant. Il ne regarde pas Desperate Housewife le lundi soir, mais bien Beautés Désespérées… Et puis, il trippe, il rushe, il ouatch, il plogue, il spotte et il punche!

Vous comprendrez ce que vous pouvez ;-)

En fin de semaine…

Au Québec, on aime bavasser,  jaser avec ses chums. Parfois, quand ils nous tombent sur les nerfs, on se chicane. Ça a pas de bon sens. En fin de semaine, on s’évache devant une game de hockey. On attend avec impatience que les premiers joueurs se sautent dans la face et se mangent une volée. En fin de compte, on en oublie la poque. Dans le fond, on se dit qu’on a p’t être ben tanponné, mais que c’était ben l’fun.

Samedi matin, on magasine, on fait les commissions. L’après-midi, on va aux vues.

Le samedi soir, on fait des partys et on boit des broues avec sa gang en écoutant des tounes. En pub crawl, y en a qui  brossent. Ça a pas toujours d’allure. Pour s’en remettre, ils mangent une poutine à 3h du mat’.

On becotte sa blonde et on se plait à l’appeler ma pitoune. Et quand on a en a pas on crouse dans les pubs, ça arrive qu’on pogne, qu’on tombe en amour.

S’il mouille à siot ou qu’il fait trop frette, on aime encore bien rester assis sur son steak, chez nous.

Besoin d’une traduction? C’est sûr, ça a moins d’allure en français…

Au Québec, on papote avec ses potes. Parfois, quand on se tape sur les nerfs, on se dispute. Ça ressemble à rien. Le weekend, on paresse devant un match de hockey. On attend avec impatience que les premiers s’engueulent et se prennent une raclée. En fin de compte, on en oublie le palet. Après coup, on se dit qu’on a peut-être perdu son temps, mais que c’était bien chouette.

Samedi matin, on fait du shopping, on fait les courses. L’après-midi on va au cinéma.

Le samedi soir, on organise des fête et on boit de la bière avec son groupe de potes en écoutant de la musique. En rallye chopes, y en a qui se tôlent. Ça ne ressemble pas toujours à grand-chose. Pour s’en remettre, ils mangent une poutine à 3 heure du mat’.

On embrasse sa copine et on aime l’appeler ma petite puce. Et quand on en a pas, on dragouille dans les bars. Ça arrive qu’on ait du succès, qu’on tombe amoureux.

S’il pleut des cordes ou s’il fait trop froid, on aime encore bien glandé, chez soi.

IMG_0064Ile-d’Orléans. Après-midi cueillette de pommes. Même gang qu’à Tadoussac, on a juste troqué les pagaies pour des seaux et des escabeaux. 8 piasses (dollars) la chaudière (le seau). Soleil et couleurs automnales au rendez-vous.  La cueillette de pommes, un sport à la mode à Québec en début d’automne. L’occasion pour nous de nous dérouiller les jambes et puis de croquer à belles dents dans toutes ces nouvelles variétés de pommes : les Macintosh, les Jonamac,  les Lobo, les Empire,… Un bon bol d’air pour se remettre du stress et de la fatigue accumulés pendant la semaine.

Reste plus qu’à se donner rendez-vous au fourneau. Au menu : tarte, compote et croustade aux pommes (la version québécoise du crumble, avec sirop d’érable bien entendu). Et puis quelques innovations culinaires…

Pour les gourmands ou les curieux, une petite recette pour la route. La croustade aux pommes…IMG_0049

3/4 tasse (190 ml) farine
1 tasse (250 ml) gruau
1/2 tasse (125 ml) cassonade
1/2 c.à thé (2 ml) cannelle
1/2 tasse (125 ml) margarine
7 pommes, pelées + Sirop d’érable
1 c.à soupe (15 ml) jus de citron

  1. Couper les pommes en petits morceaux et les mélanger au jus de citron et à la cassonade. Déposer les pommes dans un plat allant au four légèrement graissé. Verser du sirop d’érable sur les pommes.
  2. Dans un bol, mélanger ensemble tous les autres ingrédients, sauf la margarine. Défaire la margarine en crème et l’incorporer aux ingrédients.
  3. Étendre cette préparation sur les pommes.
  4. Cuire au four à 190°C pendant environ 30 minutes.

Pointe de l'Islet, TadoussacCeux qui me connaissent un peu, connaissent aussi ma maladresse. J’ai travaillé dur pour paraitre moins pataude, mais chassez le naturel il revient au galop… Et le naturel m’a rattrapée le week-end dernier à Tadoussac, un village célèbre pour son tourisme baleinier.

Mais reprenons depuis le début. L’idée d’aller voir les baleines est sortie un soir pendant le souper. Audrey n’avait jamais été à Tadoussac, Clémence n’avait jamais vu de baleines et Sarah en avait un souvenir incroyable. Samedi matin, nous quittons le campus avec Mathieu, un ami québécois. 3 heures plus tard, nous accostons à Tadoussac. Audrey et Clémence filent s’équiper pour leur balade en zodiac. Sarah, Mathieu et moi prenons le temps de pique-niquer et de nous promener… avant de saluer les baleines en kayak.

A l’extrémité de Tadoussac, la pointe de l’Islet est incontournable. Elle donne une vue prenante sur le point de rencontre entre le Saguenay et le saint Laurent. C’est aussi un observatoire privilégié pour voir les baleines. Nous nous installons donc près du bord pour attendre les baleines. Elles ne sont font pas prier. Toute pleine d’enthousiasme, je pointe une dorsale noire du doigt. La dragonne de l’appareil photo enroulée à  mon doigt se déroule lentement, l’appareil fait un ricochet sur la dalle sur laquelle nous sommes assis – dans ma tête une seule pensée : merde, l’appareil ne va surement pas apprécier un tel choc – s’était sans calculer le deuxième rebond : tout droit dans le St Laurent. POCK, PLOUF, l’appareil s’enfonce dans les eaux sombres du Saint Laurent. Pas le temps de bondir pour le rattraper, c’est trop tard.

Le goéland que je m’amusais à photographier quelques minutes plutôt a dû se rendre compte de la gravité du moment et de la fin de ses débuts prometteurs de mannequinat. Il s’envole et plonge à l’endroit de l’impact. Trop beau pour être vrai, l’oiseau remonte bredouille. Sur le bord, nous observons la scène, nos yeux se croisent et nous partons dans un fou rire interminable – un peu jaune pour moi. Je vois la scène se répéter encore et encore et je n’y crois toujours pas. (Ma mésaventure vous a fait rire ? Vous pouvez me sponsoriser pour l’achat d’un nouvel appareil photo sur ce numéro de compte 063-9353780-08 ;-) ).

Après cette mésaventure, nous retournons sur la plage. C’est l’heure de nous équiper pour le kayak. Ma première sortie en kayak de mer. L’équipement est à la hauteur de la température de l’eau : 4°C. Le groupe est composé d’étudiants français, tous vivent dans la résidence Parent. Malgré le vent, nous tentons une sortie. Nos bras en prennent pour leur grade, mais il y a quelque chose de grisant dans le fait de se retrouver au milieu du St Laurent, de passer les bouillons de baleines, de faire du sur-place à contre-courant et de… ne plus voir une seule baleine. Dans mon malheur, c’est la troisième fois que je viens à Tadoussac, des photos j’en ai donc de stock…

Tadoussac vu du haut

Puisqu’il n’y a pas de voyage en perspective avant les deux petits mois à venir, un petit voyage dans le monde des mots s’impose (au moins pour combler l’impatience).

Amis Liégeois, vous vous retrouverez sans doute dans cette petite nouvelle. Quant aux autres, j’espère que vous y trouverez également quelque chose…

*****

Ils s’étaient rencontrés par hasard. Au détour d’une rue. Dans la foule d’étudiants. C’était comme ça que l’on faisait la fête ici. Du coin de l’œil, elle avait aimé son teint basané et déjà, le doux timbre de son accent du sud s’était logé dans le creux de son oreille.

Son regard, perdu dans la foule, l’avait tout de suite remarqué. Elle avait eu envie de le connaître. Curieuse de tout, elle aimait les voyages, les différences, ce qui lui donnait un aperçu de ce qu’il y avait ailleurs, de ce qu’elle ne connaissait pas. Il était avec tout un groupe, mais, sans savoir pourquoi, c’était lui qui l’avait attiré. Les sens en éveil et cette intonation étrangère qu’elle percevait dans sa voix la berçait, la ramenait si loin. Déjà, le bout de la langue qui chatouille, cette langue qu’elle aime tant et qu’elle brûle de parler, ce second langage qu’elle s’était approprié.

Elle s’était avancé, l’avait interpellé dans un espagnol aux sonorités mexicaines. Il avait été surpris, avait souri, trop content de comprendre, de rencontrer ce petit visage rayonnant et accueillant. Ensuite, ils n’avaient pas cessé de parler, pour combler le vide de kilomètres et de cultures qui les séparaient. C’est vrai qu’elle parlait très bien l’espagnol, lui, lançait parfois quelques phrases dans un français hasardeux. Il venait d’arriver, pour lui, c’était nouveau ce pays, ce froid. Elle n’était pas vraiment d’ici non plus, mais pas d’aussi loin que lui. Il faisait des études de commerce, elle s’intéressait à la littérature française et espagnole. Elle avait vingt ans, il en avait un de plus.

En se quittant, ils s’étaient fait chacun secrètement la promesse de se revoir, de se croiser. D’ailleurs ce n’était pas très grand et le hasard faisait parfois bien les choses. Ils habitaient à cent mètres l’un de l’autre. Petit kot pour étudiant, lieu de toutes les libertés.

Les jours et les mois passaient. Ils s’étaient revu, avaient appris à se connaître. Ils s’étaient croisés dans le hall d’entrée de l’unif’ ; il allait au cours de français, elle sortait. A la bibliothèque, pendant les examens. Elle ne résistait jamais à l’envie irrépressible d’y jeter un œil, sans aucun prétexte. Peut-être y était-il? Son regard pétillait alors. Lors des soirées Erasmus qu’elle avait toujours fréquentés avec assiduité pour satisfaire son besoin de curiosité et son envie de rencontrer l’autre. Elle avait vu ses amis, avait sympathisé avec Acier, Rosa et Juan. Étrangers dans ce nouveau pays où tout leur échappait, ils s’étaient regroupés sans se connaître à l’avance, sans venir des mêmes villes, pour ne plus se quitter. Elle s’était peu à peu insinuée dans ce milieu, ce petit groupe de joyeux fêtards à la bonne humeur communicative.

Elle ne voyait plus rien, qu’à travers ces yeux noirs. Et quand elle nous parlait de lui, c’était le rose aux joues. Nous ne l’avions jamais vu, il fallait donc le décrire sur toutes les coutures, avec hyperboles et grandiloquence. Elle s’emballait. Mais que lui importait, puisqu’elle parlait avec son cœur, que déjà, elle ne pouvait plus être raisonnable. Pas question de contenir son enthousiasme. Pas besoin d’être un grand savant, ni de la connaître bien fort pour s’en apercevoir, son bonheur s’étalait sur son visage, joues rosées et œil pétillant.

Il avait peu à peu découvert Liège et son folklore, cette autre façon de faire la fête et de profiter de chaque instant, de l’expérience unique qu’il vivait en Belgique.

A la saint nicolas, cette grande fête estudiantine, ils s’étaient retrouvés dans l’animation des rues, ils avaient longement parlé de tout et de rien, comme ils l’avaient toujours fait. L’alcool aidant, ils étaient plus joyeux que d’habitude, plus libres aussi. Et d’un coup, elle lui avait tout dit, sans plus réfléchir, dans le brouhaha des conversations, et tous ces autres étudiants à proximité. Ce qu’elle n’avait jamais dit à personne. Elle lui avait dit qu’elle l’aimait, depuis le premier jour peut-être. Qu’elle n’avait jamais aimé comme ça. Est ce seulement de l’amour ou de la fascination? Elle ne se posait plus la question, elle se laissait juste aller à la certitude du besoin qu’elle avait de lui. Sans crier garde, alors qu’elle ne savait plus que faire, il s’était posé sur ses lèvres.

C’était peut-être la plus belle soirée de sa vie. Combien de temps avait-elle espéré ce moment? Mais ce baiser inattendu à quoi le devait-elle au juste? A un excès de boisson, une envie du moment, ou à de réels sentiments? Sur le moment, elle ne voulait pas y réfléchir, il serait toujours temps demain. Et si ça ne devait pas durer, il fallait profiter de chaque instant de cette soirée.

Il l’avait trouvé tellement charmante ce soir-là. Il avait aimé sa sincérité. Il appréciât sa façon de parler aux gens, de s’intéresser à eux, toujours débordante de vie. Il pensait qu’il avait de la chance de l’avoir rencontrée. Mais tout au fond de lui, il ne se sentait pas à la hauteur. Il n’avait pas remarqué que c’était justement sa douceur, sa fragilité que A. c’était surprise à aimer. Il n’osait pas, ne voulait pas risquer de tout gâcher. Il la regardait avec douceur, comme une petite fille à qui l’on tente d’expliquer qu’elle a fait une bêtise, que ce n’est pas bien, qu’il ne faudra plus recommencer. Ce regard là, il l’avait pour tout le monde. Regard un peu lointain, mais tellement intense, tellement bienveillant. Comme s’il avait vu plus de choses, comme s’il aimait trop ce qui l’entourait. Regard parfois douloureux.

Drôle de soirée pour tout le monde. Partie ensemble, nous nous sommes vite perdues dans la mêlée, nous arrêtant tout les dix mètres pour parler à cette personne que l’on avait pas vu depuis 3 siècle, une autre de droit, tiens qu’est ce que tu fais maintenant?, un autre rencontré avec le Rotary, tu es venu?, les romanistes que l’on a quitté y a pas plus de trois heures…mais tiens bois quand même un verre avec nous! Pas vues de la soirée, on s’est retrouvées devant chez A. Moi avec mes sacs, que j’avais réussi à mettre en dépôts chez des amis. Non, pour l’organisation, on avait encore des progrès à faire. Mais là au moins, on était synchronisées. On s’était retrouvées sans même se concerter. Je ne sais pas si elle s’était donné la peine de chercher la clé dans son sac (c’était toujours des fouilles archéologiques, ça pouvait durer plus ou moins longtemps), avant de me lancer la nouvelle à la figure. Je l’encaissais, je n’espérais plus la moindre pensée compatissante -mes sacs dégringolaient. Elle avait fini par trouver la clé, entre quatre mille « j’y crois pas! Non mais tu te rends compte! ». Nous étions montées, avions laissé nos vêtements puants et chaussures sur le seuil. Une petite douche, sauter dans nos pyjamas (tient pour quelques heures, n’est ce pas superflu) et se glisser au lit sans plus attendre. Le ciel s’éclaircissait déjà dans le bas du ciel. Le jour s’était levé dans le murmure de nos voix. Le lendemain, elle n’y croyait pas encore.

C’était un lundi. Les festivités duraient trois jours. Ils ne s’étaient pas revus depuis ce premier baiser. Elle l’avait cherché. Mais la foule était trop compacte, trop dense (d’où sortaient-ils d’ailleurs tous ces gens!), où chercher? Elle lui avait laissé vingt messages, quinze appels, dix messages vocaux. Elle avait fini par se sentir honteuse, il ne lui appartenait pas. Peut-être qu’elle exagérait.

Quelques jours plus tard, ils avaient été boire un verre. Il s’était excusé, il n’avait pas son gsm, ne se souvenait plus exactement de l’issue de la soirée. Et puis sincèrement, il ne se sentait pas prêt. Par cette petite phrase, il avait tout dit, peut être tout brisé. Elle n’attendait pourtant rien de plus que ce qu’il n’était. Il avait besoin de réfléchir, sur sa vie. Ce sens que l’on ne peut pas s’empêcher de lui chercher. Mais bien sûr, s’il devait jamais « être avec une fille », bien sûr, ce serait avec elle. Elle n’avait pas très bien compris où était le problème alors. Et quand aurait-il fini de réfléchir, de perdre du temps sur les miettes de son passé. Il ne voulait rien lui dire, les mots lui restaient en travers de la gorge. Il avait finit son verre d’un trait. L’avait laissé là, confuse.

Ils avaient continué à se revoir, ne gâchant rien à leur routine déjà si bien installée, mais quelque chose s’était brisé en elle ce soir-là. Sans savoir pourquoi, elle ne parvenait pas à se l’arracher de la tête, à faire taire ces sentiments qu’elle sentait papillonner dans son ventre, trop forts, trop impatients, imprévisibles. Il ne s’était plus rien passé entre eux, qu’une franche et sincère camaraderie.

A Noël, ils s’étaient promenés tous les deux, se frayant un chemin dans la foule, entre les baraques de vins chauds et autres friandises. Il lui avait pris la main pour ne pas la perdre, une bouffée de bonheur l’avait envahie. Sans arrières pensées, elle savourait ce petit rien, ce petit moment. Ils avaient longé la patinoire, s’étaient accoudés à une table et avaient pris un verre de vin chaud. En lui parlant, il regardait distraitement les patineurs, du coin de l’oeil. Elle suivait son regard, pour gagner quelques secondes de l’intensité de ces yeux-là. Elle cherchait à deviner quand ils rencontreraient les siens et ce qu’il se produirait alors. Elle avait bien lu dans les livres que l’amour ce n’était que réactions chimiques et électrons qui s’accrochent. Mais là, au fur et a mesure qu’elle buvait ses paroles, et par petites gorgées son vin aromatisé, elle sentais la chaleur des sentiments qu’elle avait enfouie depuis quelques temps reparaître en elle, sans qu’elle puisse faire quoique ce soit pour les en empêcher, les retenir. Qu’y pouvait-elle puisqu’ils étaient là, qu’elle ne les avait pas demandé. C’était juste là.

Sans savoir pourquoi, elle attendait beaucoup de cette rencontre, comme une promesse. Que quelque chose se passe enfin !

Ils s’étaient rapprochés, leurs visages tout proches. Mais entre différences culturelles et sentiments comment faire la part des choses? Elle avait déjà du mal à comprendre ce qui lui arrivait ce qu’elle ressentait. Elle prenait son mal en patience, ne voulais pas brusquer les choses. Elle l’attendait. Mais cette fois-ci encore, elle emporterait, avec elle, incertitudes et espoirs.

Bientôt, il faudrait se dire au revoir. Oh pour peu de temps -mais pour elle s’était déjà tellement, le temps des réveillons, il les passerait dans son pays. Avant de la laisser, il l’avait serrée dans ses bras, sans rien dire, sans rien ajouter. Il lui avait décoché un sourire heureux. Elle avait reçu ce geste comme un gage d’amitié, comme ce qu’il voulait bien lui donner, peut-être comme ce qu’il n’avait pas peur de lui donner.

Je l’ai rencontré un soir en coup de vent, pas eu le temps d’être surprise, ni de chercher la ressemblance avec celui que j’avais imaginé dans ma tête avec les indications, presque scientifiques et en même temps toutes pleines de subjectivité, que je récoltais depuis des mois. A. devait rentrer chez elle, prendre le train. Elle voulait le revoir une dernière fois avant qu’il ne s’en aille lui aussi. En faisant sa valise, elle lui avait envoyé un sms pour lui proposer de passer. Il n’avait pas répondu. Alors, tirant sa valise derrière elle, elle m’avait conduite devant chez lui, dans le noir de décembre. Elle l’avait appelé pour qu’il descende. Il n’y avait pas de sonnette. C’était le rituel. S’il voulait qu’elle monte, il lui envoyait les clés par la fenêtre. Il était descendu, en chemise blanche et pantalon noir, les cheveux en bataille sur le front. Il revenait d’un examen. Un peu pataud, un peu gêné. Elle l’avait trouvé encore plus beau. Je lui avait trouvé du charme, un petit quelque chose de particulier qui me faisait comprendre maintenant pourquoi elle ne faisait plus que parler de lui. Elle m’avait glissé à l’oreille qu’il ne s’habillait jamais comme ça, qu’en général, il ne faisait pas très attention. Un troll en ville, une fourmi dans un zoo, sa différence, c’était son charme. Elle lui avait proposé de l’accompagner à la gare, elle devait partir dans cinq minutes. Il ne pouvait pas, il avait quelque chose à faire, mais il avait attrapé sa valise et il lui avait emboîté le pas jusqu’à l’arrêt de bus. Un petit bout de chemin sur lequel il pouvait encore l’accompagner. J’étais pressée, je ne sais plus pourquoi je courais encore. Je leur ai dit au revoir, et je les ai laissé là, devant l’importance de leur moment. Continuant un bout de chemin, attendant la suite…me mettant à espérer pour elle aussi.

A la rentrée, il était parti en Hongrie avec les autres Erasmus. Quand il n’était pas en voyage, il était ailleurs, dans son ailleurs. Cet ailleurs et ces pensées qu’elles ne pouvait pas partager avec lui. Est ce qu’elle les traversait seulement? Elle croulait sous les travaux à rendre, essayait de le reléguer au second plan. Et tout doucement, prendre conscience, se rendre à l’évidence…ne jamais accepter que cette amitié débordante qu’il lui témoignait.

Il y a des choses difficiles à comprendre, peut être parce qu’il ne faut pas les comprendre…et l’amour en fait partie. Bien sur, ce n’était pas facile. Elle aurait tant voulu, elle avait tant imaginé… Elle ne demandait pourtant pas grande chose. Cette fois-ci, toutes les bonnes intentions du monde ne suffiraient pas, elle commençait à comprendre. Dans ces yeux, parfois un voile de tristesse, le regard perdu. Elle n’entendait plus nos bavardages futiles, ne nous voyais plus qu’à travers la brume de ses pensées. Sa tristesse était palpable, on pouvait s’en remplir les poches (dommage, on aurait toutes préféré de la glace à la fraise, ou du soleil en mars).

Elle l’avait croisé par hasard, il n’avait pas eu l’air content, par l’air surpris de la voir. Elle se rendait compte que chaque fois qu’ils se voyaient ils avaient de moins en moins de chose à se dire. L’idée toute proche de son départ, qui les éloignait. Ça l’avait rendu triste. Elle voyait maintenant qu’elle avait projeté sur lui une illusion, pure et simple, qu’elle avait construit une fiction autour, un rêve utopique. Et puis finalement, il ne correspondait pas vraiment à ce qu’elle avait cru voir en lui. Déception sur déception, certaines choses étaient parfois dures à encaisser (on sait qu’il n’y a pas d’autre alternative). Il faudrait s’y faire. Ça prendrait du temps.

Et puis, le début de la convalescence… Je n’osais plus lui en parler. Réprimer cette question tant de fois sortie de ma bouche « et Antonio? ». Je ne voulais pas remuer le couteau dans la plaie, je ne savais pas si elle espérait encore, ou si elle essayait d’oublier. Non ne pas oublier toutes ces choses vécues ensemble. Elle ne regrettais rien, mais juste ce petit pincement, ce goût amère de l’amour qui n’est pas partagé et les espoirs que l’on s’efforce d’éteindre pour ne plus souffrir. Elle gardait tout de cette rencontre inattendue, comme un trésor, comme des moments exceptionnels, uniques. Elle se rendait compte d’avoir vécu quelque chose de spécial. Elle n’était plus la même, mais n’avait pas vraiment changé nous plus. Elle avait juste ce petit quelque chose en plus, quelque chose que l’on ne pouvait pas voir -à moins d’y regarder de très près, tout au fond d’elle-même. Rencontrerait-elle jamais quelqu’un qui la regarderai d’aussi près?

Le soleil avait reparu, elle avait repris des couleurs. La plaie s’était tout doucement refermée. Fermée cette petite porte ouverte sur le vide. Elle en avait entrouvert d’autres. Un souvenir en chasse un autre. Elle n’y pensait plus. Se laissant parfois rattraper par un éclat de nostalgie lorsqu’elle croisait des yeux noirs. Parfois la sonorité étrange d’un prénom, se terminant par « o ». Parfois une odeur. Parfois cette accent étranger butant sur les « r ». Parfois l’impression de reconnaître sa silhouette, mais il n’était plus là.

Il revenait le 28. Personne ne s’y attendait, mais elle, elle savait. Que dirait-elle? Que ferait-il?

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