Un des moments forts de notre séjour en Bolivie est sans aucun doute notre visite d’une mine d’argent de Potosi. D’un point  de vue journalistique, l’envie de me rapprocher des conditions de travail des mineurs. D’un point de vue personnel, un petit défi lancé à ma claustrophobie.

Accompagnés d’anciens mineurs, nous nous équipons de casques, de bottes et de vêtements de sécurité et achetons quelques présents pour les mineurs. Un petit godet d’alcool potable à 96° n’est pas de trop pour me donner du courage.

Déjà, l’entrée de la mine. Une odeur douçâtre. De la poussière plein les narines. Les pieds qui pataugent et le dos courbé. Les poutres aménagées au 17e siècle n’inspirent pas plus confiance que ça. Mais je m’interdis de réfléchir. Nous nous enfonçons dans le boyau en file indienne.

Nous croisons des hommes luisants de sueur poussant des wagonnets. Tous ont une joue bombée par des feuilles de coca. Seule nourriture de la journée, la coca réduit la sensation de faim, de soif et de fatigue. Elle permet également de s’acclimater à l’altitude.

Arrivée à la fin du niveau 1, notre groupe se décime. De vigoureux allemands refusent d’aller plus loin. Pour accéder au niveau deux, il faut descendre dans une faille étroite. En bas, nous ne sommes plus que deux sur six. Notre guide nous précède. Je perds la notion du temps et de l’espace. Ma respiration s’accélère à cause de l’effort, du manque d’air et de l’altitude. Nous marchons, rampons et rencontrons enfin différents groupes de mineurs. Les joues luisantes, ils sont armés de barres à mines et de gros maillets. Le regard brillants, ils nous montrent fièrement la veine d’argent sur laquelle ils travaillent.

Nous ressortons après deux longues heures. Deux très longues heures. Je me sens épuisée. La mine m’a laissée sans voix au propre comme au figuré.

Deux heures, qu’est ce que ça représente au juste pour ces mineurs qui passent dix heures dans la mine tous les jours, pendant des années. Dans le noir. Avec des outils moyenâgeux. Exposés en permanence à des gaz toxiques. Avec pour seul avantage un salaire quatre fois plus important que le salaire minimum autorisé…

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