September 2008


Et bien voilà une rentrée des plus réussies. Louvain-la-Neuve bouge toi j’arrive !

Tout était pourtant préparé à l’avance, l’itinéraire repéré, répété, les pneus du vélo regonflés. Le matin, une bonne avance sur le programme.

Mais déjà au moment de monter sur mon vélo et de faire les quelques premiers mètres, un drôle de schoumbounq annonce un départ avorté. Diagnostique : pneu arrière dégonflé (voire carrément à plat). Enfin, pas de panique, partant à l’heure et plus qu’à l’heure, j’ai largement le temps de retourner chercher la pompe à vélo et de regonfler l’affreux pneu (d’ailleurs j’avais bien observé la manœuvre, de façon préventive…). Après une dizaine de minutes et une étude complète du fonctionnement d’une pompe à vélo, je parviens finalement à regonfler le dit pneu. Le schoumbounq est plus léger, mais toujours préoccupant (et l’issue du retour me parait déjà incertaine… – dans mon grand optimisme je refoule cette petite voix). J’arrive finalement dans le centre de Louvain-la-Neuve non sans m’être assurée à plusieurs reprises de la dureté et de la pression de la roue arrière.

Au programme : demande d’admission, repérage des lieux, visites des différents sites, désespoir devant la file d’attente de inscriptions et ma situation de sans papier à l’ucl.

A 10h45, charabia bureaucratique et administratif, en d’autres mots : séance d’accueil et d’informations pour les masters en communication et information. L’amphi est plein, mais pas le moindre petit visage connu. Je me concentre sur les explications et pour tuer le temps, je me demande ce qui se cache derrière ses frimousses et ces accents du BW. Une heure et demie plus tard, l’amphi crache ses étudiants sur une rue noire de monde, entre les stands d’accueil. Je remplis un maximum de formalités administratives, puis me sentant comme un cheveu dans la soupe de ses joyeuses retrouvailles estudiantines, je file à l’anglaise.

Le vélo est toujours en place. Mon index et mon pousse tâte la roue arrière. Ce qui était à prévoir était prévu… Me voilà de nouveau à plat. Je prends mon courage à deux mains, pousse le fameux vélo à travers Louvain-la-Neuve, zigzagant entre les groupes d’étudiants, toujours plus nombreux. Hors de la foule, je tente une échappée, peine perdue la roue arrière se bloque complètement. Rage, un coup de pied dans le pneu – sans résultats aucun, abandon du bicycle et retour à travers champ.

Ce qui se fait à vélo, peut se faire à pied, moyennant un ajout de temps inversement proportionnel à la vitesse, une trentaine de minute plus tard je suis de retour. Sans vélo, sans papier. Les Pringles oignon-vinaigre du pack étudiant finissent de l’écœurer.

Si j’aurais su j’aurais pas venu… mais faudra bien reviendre demain…

Qui a dit que les rentrées scolaires cessaient d’être traumatisantes à partir d’un certain âge ? Ok, je l’avoue, il faut ajouter le facteur blonde à ce petit récit… – ce qui n’est pas pour me remonter beaucoup le moral ! Au reste, si vous m’avez lue jusque là, je suis flattée ! J’espère que mes mésaventures auront le mérite de vous faire franchement rire ! :-)

Vous en voulez encore ? Je peux continuer sur ma lancée en vous racontant mon deuxième jour…

- Tu ne vas pas me croire, je m’en vais !

Ces mots avaient claqués dans l’air. Elle avait sursauté. Alors, il s’en allait. Finalement. Après avoir tant rêvé, exploré tous les chemins par la pensée, il s’en allait. Non, elle n’y avait pas cru. Pas tout de suite. Pas avant d’avoir vu la petite valise brune dans le hall. Pas avant le silence qui les avait accompagné jusqu’à la gare. Pas avant qu’ils ne se disent au revoir sur le quai, sur le marche pied d’un train international, une ligne mouvante, infranchissable.

Il avait fallu que cette ligne accélère, l’emporte loin, pour qu’elle s’en rende compte. Il était parti. Elle s’était sentie vide, abandonnée. Sur le quai. Seule. L’absence vivement ressentie dans les premières secondes l’empêcha presque de prendre cette bouffée d’air. La bouffé d’air s’immisça douloureusement dans son organisme. Pour les larmes, il avait fallu attendre la nuit, l’appartement vide, la vue sur la mer, la solitude, le silence. Le nez collé à la vitre, les lumières de la ville engluées dans ces premières larmes, elle l’avait imaginé loin déjà. Par où commençait-il son voyage déjà ? Il lui fallu un moment pour recomposer la photo de M., ces peintres et ces platanes. P. Rien d’original jusque là. Il y avait une vieille tante.

10 janvier

P. Bien arrivé. Soir. Pluie et brouillard. Froid. Froid, autant que l’accueil de la vieille tante Ana. Prends soin de toi.

Hugo

Les premiers mots. Si tôt arrivé, si tôt reçus. Une mélancolie douce. Une carte représentant la Tour. Imaginer la vieille tante. Une vieille femme à barbe cloitrée avec une dizaine de chats dans un petit appartement, vue sur rien. Enfin, c’est comme ça qu’elle se l’imaginait. Hugo s’endormirait sur l’inconfortable canapé dans de sinistres frôlements de chats pour se réveiller à l’aube tout contre un museau moustachu. C’était donc ça un réveil dans la ville magique de P.

15 janvier

Premières marques. Premières rencontres. Justine, Camille, Diego. Je me perds dans ce dédale de rues. J’y prends plaisir. Tous ces coins et recoins à explorer. Si tu voyais ça !

H.

Le froid devait lui mordre les joues, marquer son front, le bout de son nez. Mais maintenant, elle comprenait le sentiment produit par cette liberté choisie, cet égarement volontaire. Par moment, elle se prenait à avoir le même rêve, partir loin.

Elle s’imaginait des visages. Justine, une blonde menue, une fossette au menton. Camille, une brune espiègle, un écart entre les deux dents de devant. Diego, grand, brun, vif.

21 janvier.

J’ai déménagé chez Diego, des toiles et des couleurs partout. Un élégant désordre. Fini les drôles d’insomnies chez tante Ana. Elle n’a pas caché son plaisir de me voir partir. Je reste quelques temps dans cette drôle de ville. Fascinante. Voir. Contempler. Se perdre. S’imprégner.

Me sens vivant. Me sens bien. Et toi ?

H.

Elle ? Elle était là, quelque part loin. Mais pas le même loin que lui. Un loin en bord de mer. Un loin triste et pluvieux. Un loin sans peinture, sans élégance ni désordre recherché. Loin, mais qu’importe puisque les couleurs de cette nouvelle carte se collaient sur ses joues. Diego, grand, brun, vif. Diego peintre. Hugo pataud sans doute dans cet atelier trop petit. Hugo fasciné.

Elle se souvenait bien de cette excursion au musée. Ils étaient petits. Hugo c’était perdu devant une toile douce et amère. Une toile dont il ne pouvait lire le titre, ni le nom de l’auteur. L’institutrice en émoi l’avait brusquement sorti de sa rêverie. Déjà à rêver Hugo. Surpris mais pas intimidé, il s’était laissé entrainer, avait rejoint les autres. Il lui avait murmuré, « j’ai vu un arbre, un arbre vieux et tordu avec de petites feuilles dorées ». Elle était retourné au musée, bien des fois – d’ailleurs, il n’y avait pas grand-chose de distrayant dans cette ville à part ce petit musée. Jamais elle n’avait trouvé l’arbre, l’arbre tordu de petites feuilles dorées. Jamais retrouvé le petit tableau dans lequel il avait oublié sa rêverie.

20 février

Toujours froid. Plus froid. Chaleur. Chaleur de l’atelier. De Diego, des personnes qui m’entourent. Douceur de Camille. Chance de les avoir abordés dans ce petit café de banlieue. D’avoir noué mon tablier derrière le comptoir de zinc. Vie nocturne.

Vie trépidante. Vie vivante. Vie mordante. Vie offrante, offrande de vie. Vie d’ici, vie maintenant.

H.

Un petit mot écrit à la hâte sur un de ces disques de cartons, buvard des bars. Bavard de nuit. Une grande enveloppe blanche pour contenir le message. La fine écriture penchée, main de gaucher. C’était un peu de la chaleur du bar qui s’échappait du bâillement de la fine pochette. Un peu de la douceur de Camille – la douceur de sa peau, de la franchise de son éclat de rire. Un peu du brouhaha dans ce silence salé. Un peu des éclats de rire, – de larmes, – de verre. Un peu des bousculades. Des mots doux, des mots de travers, des mots fous, des mots sans travers. De sueur. De rougeur. De saveur.

Tout ça écrit sur ce vulgaire bout de carton. Les grands V de vivant, de vent, de vas-t’en. Un envol de V sauvages, de rage. Un envol emportant avec lui ce mois de folle attente. (A suivre sans fil …)